Bonjour Moldova ! État des lieux photographique en république de Moldavie

Entretien avec Emmanuel Skoulios

Directeur de l’Alliance Française de Moldavie,
Vice-président du Club France - Chambre de Commerce et d’Industrie France-Moldavie

A quoi attribuez-vous l'attachement des Moldaves à la langue française ?

En Moldavie, l’attachement au français trouve ses racines dans l’histoire. Le pays est aujourd’hui le plus francophone d’Europe centrale et orientale, une spécificité qui gagnerait à être mieux reconnue et préservée.
Si la population est en grande partie bilingue et parle roumain et russe, la Moldavie est l’unique ancienne république soviétique où la langue officielle est une langue d’origine latine.
Seule langue étrangère enseignée entre les deux guerres, le français est resté, après l’intégration de la Moldavie à l’U.R.S.S., la langue étrangère la plus enseignée et la plus parlée, par attachement « à la latinité », lorsque le cyrillique fut imposé à la langue roumaine de 1945 à 1990.
Après l’indépendance du pays en 1991, la société moldave a continué à cultiver ses liens avec la culture francophone du fait de ses origines latines communes avec la langue française.
Membre de l’Organisation Internationale de la Francophonie depuis 1996, elle a aussi vu dans le développement de ses  liens culturels, politiques et économiques avec la France et les autres pays francophones, un moyen d’exister sur la scène internationale et de préparer son intégration européenne.
Aujourd’hui, le français reste encore traditionnellement enseigné dans la plupart des écoles primaires, collèges et lycées du pays et les professeurs de français forment toujours la première communauté enseignante de langues étrangères du pays. A la rentrée 2009-2010, le ministère de l’Education nationale moldave recensait toujours, hors la région de Transnistrie, plus de 52% d’apprenants de français en première langue étrangère et près de 7% en seconde langue.
Le pays dispose également d’un important réseau - 9 établissements, 152 classes réparties dans 7 centres régionaux, pour un effectif de 3 767 élèves en 2009 - d’établissements bilingues francophones soutenus par l’Agence Universitaire de la Francophonie (AUF).
A l’Université enfin, le français est enseigné dans la plupart des établissements et dans 5 comme spécialité. L’AUF y soutient 6 filières universitaires francophones et d’autres universités entretiennent également des filières d’enseignement supérieur bilingue..

En quoi les échanges culturels franco-moldaves peuvent-ils peser sur l'avenir économique et politique de la Moldavie ?

Le développement des échanges culturels franco-moldave, mais plus généralement avec la Francophonie et les grands Etats francophones, comme le soutien à la langue française, sont essentiels. Ils doivent être aujourd’hui perçus comme des atouts pour le rapprochement de la Moldavie vers l’Union européenne, mais également en termes de développement économique du pays.
La France, par exemple, est le quatrième pays d’accueil des étudiants moldaves poursuivant des études supérieures à l’étranger, devant la Russie, la Roumanie et l’Ukraine. La France accueille aujourd’hui près d’un millier de Moldaves dans son enseignement supérieur. La Moldavie est aussi le pays d’Europe qui a vu son nombre d’étudiants accueillis en France connaître la plus forte progression ces cinq dernières années. La place du français dans l’enseignement scolaire explique sans doute cette croissance.
La France n’est pas seule non plus à accueillir les jeunes moldaves poursuivant des études supérieures. Ils sont nombreux aussi à se rendre en Suisse ou en Belgique.
Ces jeunes, comme ceux qui malheureusement quittent le pays aujourd’hui, ont vocation à en devenir les futures élites politiques ou économiques, à condition que les autorités politiques poursuivent leurs efforts pour leur offrir des conditions de retour acceptables. Je pense particulièrement à la question du logement, de la santé et de l’éducation qui est au cœur de la volonté d’émigration, devant même la motivation économique dans certains cas. Chaque retour – et il y en a – est une victoire et une chance pour la Moldavie.
C’est aussi une chance pour les entreprises françaises installées en Moldavie. La France est aujourd’hui l’un des investisseurs étrangers les plus visibles et les plus importants. Je dirais que l’investissement français dans le pays, sans être le premier en valeur, est le plus structurant en termes d’emplois. Nos entreprises sont bien présentes. Elles se sont regroupées depuis peu au sein du Club France - CCI France Moldavie. L’Alliance Française de Moldavie, soutenue par l’Ambassade de France, s’implique fortement dans le développement de la nouvelle CCI France Moldavie – elle en accueille d’ailleurs le siège - car elle estime que le développement du français a un rôle majeur à jouer dans l’accompagnement de l’arrivée de nouveaux investisseurs français en Moldavie et dans le renforcement des échanges commerciaux entre nos deux pays.
De la même manière, les investisseurs français ont bien compris l’intérêt de maintenir les liens culturels francophones de la Moldavie. Ils soutiennent très fortement l’action de l’Alliance Française de Moldavie, tant sur le plan culturel que linguistique, car elle contribue à la visibilité de la France, de sa culture, de ses valeurs –par exemple en termes de management ou de climat des affaires et de transparence – et donc à leur développement.
Sur le plan politique, la francophonie reste encore perçue par les autorités moldaves comme un moyen de rapprochement européen. Ceci étant, avec l’ouverture du pays et l’arrivée de nouveaux acteurs internationaux, force est de constater que l’anglais progresse et tend à se substituer dans ce rôle au français. Les autorités moldaves en sont conscientes. Elles affichent aussi aujourd’hui leur volonté de voir l’anglais progresser pour accompagner le développement du pays.
Il convient que la francophonie et ses acteurs, institutions ou pays francophones, en soient aussi conscientes. Encore plus de présence politique, plus de moyens pour soutenir la place du français sont aujourd’hui nécessaires si l’on ne souhaite pas voir la Moldavie devenir, à court ou moyen terme, un autre pays anglophone parmi d’autres en Europe centrale et orientale.
Nous y perdrions de notre influence. La Moldavie y perdrait un peu de son «âme» et une spécificité qui, pourtant, accompagne fortement son développement économique aujourd’hui et l’a aidé jusqu’à présent à se rapprocher de Union européenne.

Quel avenir voyez-vous pour la Moldavie ?

Je crois en la Moldavie, en son avenir politique et économique entre Union européenne et Communauté des Etats Indépendants, en sa jeunesse qui est formidable.
Les Moldaves sont attachants et accueillants. Le pays gagne véritablement à être connu. Ceux qui y arrivent la première fois, se demandent souvent ce qu’ils viennent y faire. Rares sont ceux qui n’en repartent pas «à contrecœur».
Je crois aussi, même si des efforts restent à accomplir, qu’il y a une réelle volonté de la part de ses dirigeants de faire évoluer le pays vers des standards occidentaux, tant sur le plan du développement de l’économie de marché que sur le plan de la gestion politique et administrative.
La situation géographique du pays est une chance. Elle est un espace de dialogue entre Est et Ouest, un espace d’échange aussi.
Enfin sa spécificité culturelle, sa double culture slave et latine, le bilinguisme, sont des atouts qu’elle se doit de préserver. La francophonie a son rôle à jouer dans le maintien de cet équilibre culturel qui a contribué à forger l’identité des Moldaves, une identité qui est leur force.

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